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Méditation : les prêtres et les saintes femmes pendant la Passion

Au cours de la messe des Rameaux nous proclamons deux chapitres presque complets de Matthieu, pour méditer la Passion en entier. Face à cet extraordinaire monument théologique, nous choisissons, pour cette méditation, de ne retenir que deux classes de personnages : des disciples désorientés, Pierre et Judas ; et les saintes femmes qui accompagnent le Christ. Ils rejoignent un aspect ou l’autre de notre vie chrétienne.

1. Gethsémani : Jésus entre Pierre et Judas, ses prêtres

Le récit de la Passion, jusqu’au procès devant Pilate, insiste sur le parcours de deux apôtres : Judas, qui trahit son Maître, organise son arrestation, se repent et finalement, méprisé par les autorités, se suicide. Il a voulu appliquer au Christ une logique trop humaine en vue d’un impossible triomphe humain. Il y a aussi Pierre, qui jure sa fidélité, s’endort à Gethsémani, suit discrètement Jésus avant de le renier et termine dans les larmes. Deux histoires tragiques de deux intimes de Jésus, choisis pour être ses disciples mais plus encore ses prêtres. Deux personnages confrontés aux tentations qui menacent la vie spirituelle de tout prêtre.

Le parcours de Judas n’est pas si éloigné du nôtre : se laisser fasciner par le monde et ses illusions ; aimer l’argent jusqu’à en être esclave ; douter du Maître dont la logique nous heurte, et perdre petit à petit la foi… On en arrive à trahir Jésus, les petites compromissions et trahisons de la vie quotidienne que l’on croit sans conséquence, qui grandissent sans que nous nous en rendions compte, jusqu’à la chute éclatante où un Autre propose la tentation suprême du désespoir. François Mauriac a bien décrit ce moment de la Passion où Judas, qui à l’origine n’avait pas prévu la condamnation à mort de Jésus, malgré le poids de sa faute, aurait pu se repentir :

« Tandis qu’on l’arrachait [Jésus] aux valets pour le traîner vers le prétoire, un homme atterré contemplait son œuvre. Il n’y a pas de monstres : Judas n’avait pas cru que cela irait très loin : un emprisonnement, quelques coups de fouet peut-être, et le charpentier eût été renvoyé à son établi. Il s’en est fallu de très peu que les larmes de Judas ne fussent confondues, dans le souvenir des hommes, avec celles de Pierre. Il aurait pu devenir un saint, le patron de nous tous qui ne cessons de trahir. […] ‘Alors ayant jeté l’argent dans le Temple, il alla se pendre.’ Le Démon n’a rien gagné contre le dernier des criminels qui espère encore. Tant qu’il subsiste dans l’âme la plus chargée une lueur d’espérance, elle n’est séparée de l’amour infini que par un soupir. Et c’est le mystère des mystères que ce soupir, le Fils de la perdition ne l’ait pas exhalé ».[1]

Quant à saint Pierre, nous lui ressemblons encore plus : être généreux et sincèrement attaché au Christ, certes, mais avoir la présomption de s’appuyer sur ses propres forces pour être fidèle (« Si tous viennent à tomber à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais ») ; s’engourdir dans la vie spirituelle et ne pas persévérer dans la prière comme à Gethsémani ; et finalement s’enfuir lâchement lorsque l’épreuve arrive… Ces deux personnages de Pierre et Judas doivent nous faire réfléchir, comme les décrivait le pape Benoît XVI :

« [Saint Pierre Canisius disait] : ‘Voyez, Pierre dort, Judas veille…’ C’est une phrase qui nous fait réfléchir : la somnolence des bons. Le pape Pie XI a dit : ‘Le grand problème de notre temps, ce ne sont pas les puissances néfastes, mais la somnolence des bons’. ‘Soyez attentifs’ : méditons cela, et pensons que le Seigneur, dans le jardin des Oliviers, répète par deux fois à ses disciples : ‘Soyez attentifs’, alors qu’eux dorment. ‘Soyez attentifs’, nous dit-il ; efforçons-nous de ne pas dormir en ce moment, mais d’être réellement prêts pour la volonté de Dieu et pour la présence de sa Parole, de son Royaume.[2]

Tous les prêtres, et avec eux tous les chrétiens, sont appelés à accompagner Jésus à Gethsémani ; il compte sur notre présence, il veut s’appuyer sur elle. C’est à ce moment qu’il affronte lucidement le grand combat, c’est là que nous unissons nos petites passions à la sienne. Notre vie de prière comporte souvent des moments difficiles, des sécheresses et un manque de motivation. La prière est toujours un combat, nécessaire puisque c’est le lieu où Dieu nous transforme en profondeur et nous unit à lui. C’est pourtant un combat qu’il faut gagner coûte que coûte, faute de quoi tout l’édifice est menacé.  Or, nous pouvons nous endormir dans la routine, renoncer à la prière par paresse, ou fuir la vie de prière dans l’activisme. Quel est le sens de toutes nos activités pendant la journée ? La construction du Règne de Dieu, en commençant par le combat spirituel, ou bien vivons-nous dans une agitation stérile, dans l’illusion que ce sont nos actions qui sauvent le monde ou dans le but inconscient « d’être quelqu’un qui compte » ?  Or c’est notre union au Christ et ses fruits intimes qui contribuent à ce salut ; mais la source en est bien dans la prière et les sacrements. Plus grave encore, la poursuite égoïste de nos propres intérêts ne nous conduit-elle pas, peu à peu, à abandonner le Maître et son Évangile, nous poussant subrepticement vers la trahison ? Les scandales et les abandons qui ne manquent pas nous avertissent : la persévérance est le couronnement d’une vie spirituelle et pastorale réussie et authentique.

Pour cela, il est nécessaire de tenir bon dans la prière, malgré les sécheresses, distractions et déconvenues qu’elle comporte, en écoutant ce conseil du Christ : « Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. » (Mt 26, 41) ; un conseil à prendre comme un ordre, étant donné l’enjeu. Dans la vie de prière, sainte Thérèse d’Avila recommandait ainsi la persévérance pour surmonter la sécheresse, comme nous l’explique le père Marie-Eugène de l’Enfant Jésus :

« La sainte ne se lasse pas de le répéter. N’avait-elle pas écrit sur un signet : ‘’Tout passe. La patience obtient tout !’’ Ceci est vrai de l’oraison surtout. C’est par la persévérance qu’elle a elle-même obtenu ses richesses surnaturelles : ‘’En réalité peu de jours se sont passés, écrit-elle, sans que j’aie consacré beaucoup de temps à l’oraison, à moins que je fusse très souffrante ou très occupée’’. La plus grande tentation de sa vie fut de rester une année et même davantage sans faire oraison, parce que cela lui paraissait plus humble. Cette persévérance se portera non seulement sur l’exercice de l’oraison elle-même, mais aussi sur l’ascèse de recueillement qui doit l’accompagner. Il faut garder ses sens pendant la journée, se garder des frivolités qui dissipent et revenir aussi fréquemment que possible vers le Maître par des oraisons jaculatoires ou des actes des vertus théologales ».[3]

Peut-être, en regardant, notre vie spirituelle, nous sentons-nous désemparés, parce que nous sommes bien loin de cet idéal de persévérance ? Les circonstances concrètes de notre vie, avec leurs exigences multiples, au service d’une famille ou d’une paroisse, par exemple, nous demandent toujours un effort pour créer et préserver ce temps de rencontre quotidien… Les encouragements d’un grand maître de la vie intérieure, saint Jean Cassien, viendront nous aider :

« Nous ne sommes pas exacts comme nous le voudrions au silence de la retraite, ni à la stricte observance de nos jeûnes, ni à la lecture assidue, dans le temps même où nous le pourrions ; mais certains cas se présentent, qui nous retirent, malgré nous, de nos salutaires pratiques : si bien qu’il faut implorer du Seigneur les temps et les lieux favorables pour nous y livrer. […] Bien plus, c’est pour notre bien que nous nous sentons parfois détournés de nos exercices spirituels. Tandis que l’élan de notre course se trouve, malgré nous, entravé, et que nous donnons quelque relâche à la faiblesse de la chair, nous assurons, sans le vouloir, notre persévérance future. Le bienheureux Apôtre a quelque chose de semblable au sujet de cette conduite divine : ‘Par trois fois, dit-il, je priai le Seigneur que cet ange de Satan s’éloignât de moi ; et il me répondit : Ma grâce te suffit, car c’est dans la faiblesse que ma force se montre tout entière !’ (2 Co 12,8-9) »[4]

Le plus important, ici comme toujours, est d’avoir confiance dans le Christ : c’est lui qui est le rocher, le fondement de notre persévérance, dans la prière comme dans la vocation. Après avoir évoqué le drame de Judas et Pierre pendant la Passion, le pape Benoît XVI l’expliquait à des prêtres au cours d’une rencontre amicale :

« Il me semble que nous devons avoir confiance dans ce don de la persévérance, mais que nous devons également, avec ténacité, humilité et patience, prier le Seigneur pour qu’il nous aide et nous soutienne par le don de ce qui est véritablement définitif ; qu’il nous accompagne jour après jour jusqu’à la fin, même si notre chemin doit passer à travers des vallées obscures. Le don de la persévérance nous donne la joie, il nous donne la certitude que nous sommes aimés du Seigneur et cet amour nous soutient, nous aide et ne nous abandonne pas à nos faiblesses ».[5]

Nous pouvons alors faire monter notre prière vers le Christ, pour obtenir notre propre persévérance, mais aussi celle de tous les prêtres. Ce ne peut être qu’un don de la miséricorde, et pour grandir dans la confiance, écoutons les paroles du Christ à sœur Faustine :

« Sache, ma fille, qu’entre moi et toi, il y a l’abîme infini qui sépare le Créateur de la créature, mais ma miséricorde comble cet abîme. Je t’élève jusqu’à moi, non par besoin de toi, mais je te fais don de la grâce de l’union avec moi uniquement par miséricorde. Dis aux âmes qu’elles ne fassent pas obstacle en leur propre cœur à ma miséricorde, qui désire tant agir en elles. Ma miséricorde est à l’œuvre dans tous les cœurs qui lui ouvrent la porte ; le pécheur comme le juste ont besoin de ma miséricorde. La conversion comme la persévérance est une grâce de ma miséricorde ».[6]

2. Les femmes au tombeau

 Lorsque tout est accompli et que Jésus a remis l’esprit, saint Matthieu note la présence discrète de quelques femmes qui ont accompagné le Christ pendant toute sa Passion, et même pendant toute sa vie publique : « elles avaient suivi Jésus depuis la Galilée pour le servir » (Mt 27, 55).  Matthieu rend hommage à leur mémoire en les nommant : Marie-Madeleine, Marie mère de Jacques et Joseph, la mère des fils de Zébédée. On peut imaginer que la présence de Marie, sa Mère, a beaucoup aidé Jésus à supporter l’épreuve, qu’il s’est appuyé humainement sur cette « colonne inébranlable » que Dieu le Père a voulu placer à ses côtés pour les moments les plus difficiles. Un homme se joint enfin à ce groupe des disciples fidèles : Joseph d’Arimathie. En quoi leur attitude est-elle différente de celle des disciples qui ont fui ?

Les femmes suivaient Jésus, nous dit-on. Elles ne le précédaient pas, ne marchaient pas à ses côtés, ne prenaient pas d’initiative téméraire, elles suivaient humblement. À l’heure de la croix, puis à l’heure du tombeau, elles regardent et pénètrent ainsi le mystère. Joseph, lui, était disciple de Jésus : il écoutait attentivement ses enseignements… Le moment venu, il recueille le corps du maître avec respect, comme un autre Joseph avec recueilli le corps du nouveau-né dans la crèche.

Suivre, contempler, écouter pour aimer concrètement le Christ, voilà ce que nous enseigne ce groupe d’amis fidèles jusqu’à la dernière heure.

Dans l’épreuve, et sans besoin de déclarations grandiloquentes comme les disciples, qui d’ailleurs ont fini par fuir, les femmes révèlent leur amour sincère envers le Maître. Leur compassion est un baume précieux sur le visage défiguré et humilié de Jésus, comme saint Jean-Paul II le relevait :

« N’est-il pas incontestable que ce sont les femmes qui furent les plus proches du Christ sur le chemin de la croix et à l’heure de la mort ? Un homme, Simon de Cyrène, est contraint à porter la croix (cf. Mt 27, 32), mais c’est spontanément que de nombreuses femmes de Jérusalem lui témoignent de la compassion au long de la via crucis (cf. Lc 23, 27). La figure de Véronique, sans être biblique, exprime bien les sentiments des femmes de Jérusalem sur la via dolorosa ».[7]

Nous les retrouvons ensuite « assises face au tombeau », lorsque la pierre est roulée puis scellée par les gardes. Tout est fini de l’aventure de ce Rabbin si extraordinaire, qui avait changé leurs vies. Sans même se demander pourquoi, elles restent là, et elles trouvent l’attitude juste du cœur qui aime. Elles ont probablement l’intuition que les apparences, si tristes, cachent un mystère profond. Saint Jean Chrysostome leur dédie une très belle page :

« Elles sont témoins de ces prodiges, les femmes qui compatissent le plus aux douleurs de la victime et qui poussent les plus profonds soupirs. Et remarquez, je vous prie, leur zèle et leur persévérance : elles le suivent pour le servir, et la vue du danger ne les fait pas revenir en arrière. Aussi voient-elles toutes Jésus poussant un grand cri et rendant le dernier soupir, les rochers qui se brisent, toutes les autres circonstances de cette mort. […] Elles se tenaient là, tandis que les disciples avaient pris la fuite. […] ‘Or, Marie-Madeleine et une autre Marie se tenaient assises non loin du sépulcre.’ Pourquoi se tiennent-elles là ? Elles n’avaient pas encore de lui les idées grandes et sublimes qui conviennent à sa nature ; c’est pour cela qu’elles avaient apporté des parfums et qu’elles s’étaient rapprochées du lieu de la sépulture, dans le but d’embaumer le corps, si la fureur des Juifs avait un instant de relâche. Voyez-vous la mâle vertu de ces femmes ? Voyez-vous la force de leur amour ? Voyez-vous leur grandeur d’âme, qui ne recule ni devant la dépense ni devant la mort ? Hommes, sachons imiter ces femmes, et ne délaissons pas Jésus dans les épreuves ».[8]

Ces femmes sont ainsi un exemple de prière vivante, attachée au Maître, suppliant le Père pour obtenir la miséricorde : elles sont une figure de l’Église qui veille, s’unit à son Sauveur et intercède inlassablement. Unissons-nous à elles avec la liturgie :

« Souviens-toi, Seigneur, de la Passion de ton Fils, ne tarde pas à nous réconcilier avec toi : il est vrai que nous n’avons pas mérité ton pardon, mais nous comptons sur ta miséricorde et sur la grâce du sacrifice de Jésus. Lui qui vit et règne avec toi dans l’unité du Saint Esprit pour les siècles des siècles ».[9]

Avec Joseph d’Arimathie, disciple secret de Jésus, homme intérieur, juste et fidèle, avec les saintes femmes qui tiennent fermes dans la foi et l’amour, les yeux fixés sur Jésus seul, nous pouvons ainsi nous placer spirituellement face au tombeau du Christ et reprendre cette grande supplication que saint Claude La Colombière faisait monter devant Dieu à la fin de son homélie Pour le jour de la Passion :

« Père éternel, je m’adresserai à vous, je vous présenterai votre fils dans l’état où son amour l’a réduit, et j’espère que vous serez sensible à ce spectacle : tout m’apprend à ne pas craindre de trouver en vous cette même dureté que vous ne pouvez pardonner aux hommes. Que pouvez-vous me refuser, ô Dieu de toute bonté, père de miséricorde, à la vue de cet agneau qui s’est laissé égorger pour vous témoigner son obéissance ? C’est par cette innocente victime, c’est par ses plaies et par sa mort que je vous prie aujourd’hui. Et qu’est-ce que je vous demande, ô mon Dieu ? Rien autre chose, si ce n’est que vous ne méprisiez pas les douleurs de votre fils unique, que vous ayez quelque égard à ce qu’il souffre, et que vous ne laissiez pas de si grands mérites sans récompense. Oui, certainement, il est digne, ce divin agneau, d’être aimé, respecté, béni, glorifié de toute la terre ; il mérite d’être le Roi et le Dieu même de tous ceux qu’il a rachetés. Faites donc, ô Dieu de justice, qu’il règne en effet sur tous les cœurs ; que tous les impies changent leurs blasphèmes en bénédictions, tous les pécheurs leur endurcissement obstiné en amour le plus tendre, toutes les âmes faibles et lâches leur tiédeur en ferveur, et leurs désirs en effets : faites, je vous en conjure, que tous ceux sur qui, durant ces fêtes, ce précieux sang sera versé par le sacrement de la pénitence, soient véritablement purifiés ; que par une amère douleur de leurs fautes, par le désir efficace d’un prompt changement, ils soient tous disposés à profiter d’un si grand bienfait. Surtout, ô mon Dieu, ne permettez pas que ce sang serve à la condamnation d’aucune âme, puisqu’il n’est rien de si contraire à l’intention de celui qui l’a répandu, qu’un effet si terrible… »[10]


[1] François Mauriac, Vie de Jésus, Flammarion 1936, p. 229-230.

[3] Père Marie-Eugène de l’Enfant Jésus, ocd, Je veux voir Dieu, éditions du Carmel, p. 224.

[4] Saint Jean Cassien, Les Conférences, chapitre VI.

Voir tout le passage : « Les leçons d’une expérience que nous avons pu nous-mêmes vérifier, sans parler d’indices et de preuves certaines, nous rendront cette vérité plus manifeste. Maintes fois, il arrive que nous souhaitons d’exécuter quelque utile dessein ; rien ne manque à l’ardeur de nos désirs, et la bonne volonté non plus ne nous fait pas défaut. N’est-il pas vrai pourtant que la moindre défaillance, venant à la traverse, rend inutiles les vœux que nous avons formés et empêche le bon effet de nos résolutions, si le Seigneur, en sa miséricorde, ne nous donne la force de les accomplir ? La multitude est innombrable de ceux qui désirent loyalement se consacrer à la poursuite de la vertu ; mais, si vous comptez ceux qui réussissent à réaliser leur rêve et à persévérer dans leurs efforts, que vous en trouverez peu !

Et je n’ai pas tout dit. Alors même que nulle défaillance ne vient nous faire obstacle, nous n’avons pas la franche liberté de faire tout ce que nous voulons. Nous ne sommes pas exacts comme nous le voudrions au silence de la retraite, ni à la stricte observance de nos jeûnes, ni à la lecture assidue, dans le temps même où nous le pourrions ; mais certains cas se présentent, qui nous retirent, malgré nous, de nos salutaires pratiques : si bien qu’il faut implorer du Seigneur les temps et les lieux favorables pour nous y livrer. Il est sûr que pouvoir ne suffit pas, s’il ne nous accorde l’occasion propice, pour accomplir les choses qui nous sont manifestement possibles. ‘’Nous voulions aller vers vous, dit l’Apôtre, une première et une seconde fois ; mais Satan nous a empêchés’’ (1 Thess 2,18).

Bien plus, c’est pour notre bien que nous nous sentons parfois détournés de nos exercices spirituels. Tandis que l’élan de notre course se trouve, malgré nous, entravé, et que nous donnons quelque relâche à la faiblesse de la chair, nous assurons, sans le vouloir, notre persévérance future. Le bienheureux Apôtre a quelque chose de semblable au sujet de cette conduite divine : ‘’Par trois fois, dit-il, je priai le Seigneur que cet ange de Satan s’éloignât de moi ; et il me répondit : Ma grâce te suffit, car c’est dans la faiblesse que ma force se montre tout entière !’’ (2 Co 12,8-9) et de nouveau : ‘’Nous ne savons pas ce qu’il faut demander !’’ » (Rm 8, 26)

[6] Sainte Faustine (Héléna Kolwaska), Petit Journal, disponible ici, nos 1575-76.

[7] Saint Jean-Paul II, Lettre aux prêtres (1995), disponible ici.

[8] Saint Jean Chrysostome, Homélies sur Saint Matthieu, LXXXVIII, 2, Éditions Vivès, tome 7, p. 102.

[9] Prière sur les offrandes de la messe des Rameaux.

[10] Saint Claude La Colombière, Œuvres complètes (édition Seguin, 1832), tome I, p. 236-237.


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