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Méditation : des ténèbres à la lumière

Les ténèbres face à l’étoile

« À la vue de l’astre, ils se réjouirent d’une très grande joie » (Mt 2, 10) : l’évangéliste ne nous explique pas la raison de cette joie des mages. S’étaient-ils perdus ? L’étoile avait-cessé de briller ? Avaient-ils eu peur des ténèbres épaisses et menaçantes qui régnaient dans le palais de ce roi corrompu ? Est-ce la simple joie d’avoir enfin trouvé ce qu’ils avaient longtemps cherché ? En fait l’étoile reflète surtout leur cœur, elle symbolise cette recherche du Sauveur, leur désir de Dieu, elle précède la rencontre avec celui qui est la source de toute joie. Une hymne liturgique de l’Épiphanie exprime cela en trois simples mots : « Lumen requirunt lumine » : les mages cherchent la Lumière à l’aide d’une lumière[1]. Le cardinal Vingt-Trois l’explique ainsi :

« Qu’est-ce que l’Évangile veut nous faire comprendre en nous montrant ces trois hommes venus de pays lointains en suivant une étoile ? […] C’est par leur recherche, leur réflexion, leur désir de progresser dans la connaissance de la vérité, qu’ils ont fait ce long chemin et qu’ils viennent à la rencontre de celui dont on leur a dit qu’il serait le Messie, le Roi des Juifs qui vient de naître. »[2]

Nous pouvons alors voir comment les Évangiles de Matthieu et de Luc sont complémentaires : Luc nous présente la naissance de Jésus au sein du peuple juif, accompagnée par celle de Jean-Baptiste, et la joie de tous les fidèles du Seigneur que sont Zacharie, Élisabeth, Syméon, Anne, et bien sûr Marie. Matthieu se situe lui aussi au sein d’Israël, puisque Jésus est fils de David, fils d’Abraham (Mt 1, 1), mais avec l’épisode des mages il élargit le regard vers les nations et les invite à la même joie. L’étoile est même un signe cosmique qui participe de l’événement, en attendant la grande contemplation de saint Jean, dans son Prologue, où Jésus est le Verbe, Dieu, qui entre dans le monde. Saint Basile exprime bien comment la naissance de Jésus a une portée universelle :

« Les étoiles accourent du haut du ciel, les mages quittent les nations païennes, la terre offre son accueil dans une grotte. Personne n’est indifférent, personne n’est ingrat. Nous-mêmes, fêtons le salut du monde, le jour de naissance de l’humanité. »[3]

Une seule ombre au tableau : la ville de Jérusalem, aux mains du tyran Hérode, ne se réjouit pas… La peur, l’attachement au pouvoir avec ses privilèges et sa corruption, l’empêchent de participer à ce mouvement universel vers la joie. Benoît XVI l’explique ainsi :

« Celui qui n’a pas reconnu, c’est Hérode, qui ne comprit rien quand on lui parla de l’enfant mais qui se laissa aveugler par sa soif de pouvoir et la folie de persécution qu’elle entraîne. Celui qui ne le reconnut pas, ce furent les docteurs, les biblistes, les spécialistes de l’herméneutique qui connaissaient précisément le passage de la Bible et cependant ne comprenaient rien (…) Mais qu’en est-il de nous ? Sommes-nous si éloignés de l’étable parce que nous sommes trop raffinés et trop intelligents pour cela ? (…) ne sommes-nous pas trop enfermés à « Jérusalem », au palais, en nous, dans notre superbe, ou dans notre peur de la persécution (…) »[4]

Des ténèbres épaisses, celles du péché et du refus de Dieu, maintiennent l’humanité aveugle, et inconsciente de son propre aveuglement, ce que saint Jean décrira dans son Prologue : « Le Verbe était la lumière véritable, qui éclaire tout homme ; il venait dans le monde ; il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l’a pas reconnu… » (Jn 1,9-10). Le pape François décrit ainsi ces ténèbres :

« Hérode se montre soupçonneux et préoccupé par la naissance d’un Enfant fragile qu’il ressent comme un rival. […] Le roi et ses conseillers sentent craquer les structures de leur pouvoir, ils craignent que soient retournées les règles du jeu, démasquées les apparences. Tout un monde édifié sur la domination, sur le succès et sur l’avoir, sur la corruption, est mis en crise par un Enfant ! »[5]

Mystère du mal, de la résistance à Dieu : un mystère d’iniquité qui n’est pas réservé aux « grands pécheurs », mais qui traverse le cœur de chacun d’entre nous. Mystère de nos ténèbres intérieures qui nous maintiennent sous l’emprise d’Hérode et nous empêchent d’accueillir la vraie joie, d’aller vers Jésus comme les mages. Membres, comme Hérode, de l’élite de leur temps et issus d’une civilisation beaucoup plus brillante que celle du modeste royaume de Juda, ils se mettent à la recherche de ce roi étranger. Mieux encore, ayant trouvé un enfant au lieu d’un roi, ils ne sont ni déconcertés ni déçus mais « tombent à genoux devant lui ».  Leur cheminement intérieur est plus admirable encore que leur long périple à travers l’Orient. Pour avoir reconnu le Sauveur, une seule voie donc : acquérir un cœur ouvert et humble, capable d’adorer.

Les fidèles de Jérusalem étaient très proches, physiquement et culturellement, de l’Enfant-Jésus ; mais ce sont des étrangers, venus de loin, qui l’ont honoré. Ne courrons-nous pas le même risque, habitués que nous sommes à la proximité de Jésus, alors que les ténèbres peuvent grandir dans notre cœur ? Il nous faut supplier de ne pas perdre l’étoile en chemin, comme le faisait humblement saint Padre Pio :

« Parce qu’il se fait tard et que le jour décline, la vie passe, la mort, le jugement, l’éternité approchent. Je crains les ténèbres, les tentations, les sécheresses, les croix, les peines.
Oh ! Combien j’ai besoin de vous dans cette nuit de l’exil ! Que la Communion eucharistique soit la lumière qui dissipe les ténèbres, la force qui me soutienne, et l’unique joie de mon cœur. Restez avec moi, Jésus ! »[6]

Le Dieu caché

Les lectures de ce dimanche présentent toutes une dynamique similaire : le jeu entre une réalité cachée et son dévoilement dans la foi. La conversion des païens est ainsi pour saint Paul un mystère qui est demeuré longtemps voilé mais qui vient d’être révélé maintenant à ses saints apôtres et prophètes, dans l’Esprit (Eph 3, 5). De même, la Jérusalem décrite par Isaïe est comme une ville enfouie dans la nuit de l’histoire, que les rayons du matin – la gloire du Seigneur – viennent illuminer. Matthieu joue aussi avec cette opposition : l’étoile apparaît et disparaît ; la présence du vrai Roi est cachée au tyran qu’est Hérode, mais dévoilée aux mages. En fait, ce thème parcourt toute l’histoire du Salut : Dieu se révèle, mais il demeure un Dieu caché (Is 45, 15). Pascal a bien saisi la raison de cette profonde réalité :

« Si Dieu se découvrait continuellement aux hommes, il n’y aurait point de mérite à le croire ; et, s’il ne se découvrait jamais, il y aurait peu de foi. Mais il se cache ordinairement, et se découvre rarement à ceux qu’il veut engager dans son service. »[7]

La fête de l’Épiphanie manifeste ce paradoxe : Dieu veut s’incarner dans une famille humble et cachée, loin du bruit du monde, dans un petit village de Nazareth. Le réalisme de son Incarnation est une façon de « cacher » sa divinité derrière son humanité. Le pape François l’exprime avec ce terme de périphérie qu’il aime tant :

« L’Évangile de saint Luc nous présente Marie, une jeune fille de Nazareth, petite localité de la Galilée, à la périphérie de l’empire romain, et aussi à la périphérie d’Israël. Un petit village. Et pourtant, c’est sur elle, cette jeune fille de ce petit village lointain, c’est sur elle que s’est posé le regard du Seigneur, qui l’a choisie pour être la mère de son Fils. »[8]

Discrétion et enfouissement dans l’humain, donc. Mais d’un autre côté la fête d’aujourd’hui est bien la « manifestation » qui atteint les nations païennes. Cette irruption des mages a dû beaucoup surprendre Marie et Joseph ! Ils y auront reconnu l’action providentielle de Dieu, son désir de ne pas laisser dans l’obscurité un événement si important que la naissance de son Fils. Toute l’humanité était concernée, il fallait donc bien la convoquer à Bethléem ! C’est ainsi que Saint Léon explique la venue des Mages :

« Sans doute [Dieu] avait-il choisi le peuple d’Israël et, dans ce peuple, une famille, pour y prendre la nature commune à toute l’humanité ; cependant il ne voulut pas borner aux étroites limites de la maison maternelle les prémices de son avènement ; il voulut aussitôt se faire connaître à tous, lui qui daignait naître pour tous. »[9]

Nous pouvons également contempler dans les mages un cheminement dans la foi qui les amène à se prosterner devant l’Enfant. Saint Hilaire interprète ainsi leurs trois cadeaux :

« L’offrande des présents a exprimé l’être du Christ dans toute sa signification, en reconnaissant le roi dans l’or, le Dieu dans l’encens, l’homme dans la myrrhe. Et, par la vénération des mages, se réalise pleinement la connaissance de l’ensemble du mystère, de la mort chez l’homme, de la résurrection chez Dieu, du pouvoir de juger chez le roi. »[10]

La foi est donc la réponse de l’homme à ce Dieu caché qui se révèle : il donne à tous la possibilité de le trouver réellement. Mais encore faut-il y être disposé : Matthieu nous donne le contre-exemple d’Hérode et de ses scribes pour nous avertir que la simple intelligence ne suffit pas. Comme dit le Catéchisme : « Obéir (ob-audire) dans la foi, c’est se soumettre librement à la parole écoutée, parce que sa vérité est garantie par Dieu, la Vérité même. »[11]

Prions donc pour obtenir le don de la foi, pour l’entretenir et la faire grandir ; prions pour que nos frères l’obtiennent aussi, surtout ceux qui nous sont proches. Marie nous présente l’Enfant, comme aux mages, elle nous obtient la foi en lui. Reprenons pour cela cette belle prière de saint Jean-Paul II :

« À  toi,  Mère  des  hommes  et  des  nations,  en  toute  confiance,  nous  remettons  l’humanité entière, avec ses craintes et ses espoirs.
Veille à ce que la lumière de la vraie sagesse ne lui fasse pas défaut. Guide-la dans la recherche de la liberté et de la justice pour tous. Conduis ses pas sur le chemin de la paix.
Fais que tous et chacun trouvent le Christ, lui, le chemin, la vérité et la vie. Soutiens, ô Vierge Marie, notre marche dans la foi, et obtiens-nous la grâce du salut éternel.
Ô clémente, ô miséricordieuse, ô douce Mère de Dieu et notre Mère, ô Marie ! »[12]

Les signes qui nous indiquent Jésus

Un enfant est né à Bethléem : il ne parle pas encore, il dort blotti contre sa mère, le silence l’enveloppe. Jésus ne fait rien de particulier pour se manifester, si ce n’est de naître et de s’abandonner aux soins de Marie et Joseph. Et pourtant tout se met en mouvement vers lui : l’Écriture, la création, les païens. En effet, Matthieu insiste pour montrer que sa naissance est l’accomplissement des prophéties : Bethléem est le lieu indiqué par Michée, et l’épisode des mages accomplit l’oracle d’Isaïe de la première lecture (« les rois marcheront vers ta lumière… apportant l’or et l’encens »). Les Pères de l’Église ont souvent décrit ces mages comme des « chercheurs de Dieu » : des hommes qui n’ont pas reçu la Révélation mais qui suivent en eux le désir de voir Dieu, motivés par la contemplation des choses créées. Voici comment Benoît XVI nous les présente :

« Ces hommes […] étaient certains que Dieu peut être entrevu dans la création. Mais, en hommes sages, ils savaient également que ce n’est pas avec un télescope quelconque, mais avec l’acuité des yeux de la raison à la recherche du sens ultime de la réalité et avec le désir de Dieu animé par la foi, qu’il est possible de le rencontrer. »[13]

Pour recevoir pleinement la manifestation de Jésus, il faut donc éduquer notre regard. Être le veilleur qui attend l’aurore en scrutant les cieux. Comme un amoureux qui est sensible à tous les signes que lui adresse sa bien-aimée, nous découvrons alors la présence du Dieu caché : dans le frère à mes côtés, dans la création, dans l’Eucharistie, … autant de lieux où l’Enfant-Jésus est mystérieusement présent. En être convaincu ne suffit pas : ni Hérode ni les sages d’Israël ne se déplacent à Bethléem. Il faut la conversion du cœur, que nous demandons instamment :

« Que la clarté d’en haut, Seigneur, nous dirige en tout temps et en tous lieux, et puisque tu nous fais communier à ce mystère, puissions-nous désormais le pénétrer d’un regard pur et l’accueillir dans un cœur plus aimant. Par Jésus, le Christ notre Seigneur. »[14]

Mais comment Jésus se manifeste-t-il aujourd’hui ? Où le trouver, où le montrer, comment le transmettre à nos frères ? En parcourant les lectures de la messe, nous découvrons l’importance du mystère de l’Église. Isaïe a centré sa prophétie sur Jérusalem, qui est une figure de l’Église : il suffit d’avoir assisté à une grande cérémonie sur la place Saint-Pierre à Rome pour vivre cette Cité sainte vers laquelle les fils reviennent de loin : combien de langues y sont parlées ! Elle se tient au milieu de l’obscurité qui recouvre la terre – la violence en ce monde – mais avec la gloire du Seigneur qui brille sur elle, par la sobre beauté de la liturgie. C’est par l’Église que se réalise pleinement la royauté universelle du Christ entrevue par le psaume : lorsque les peuples se convertissent au culte de Jésus, tous les rois se prosternent devant lui et tous les pays le servent ; par ses œuvres de miséricorde, il délivre le pauvre qui appelle, et le malheureux sans recours.

Tout cela, à partir d’un enfant couché dans la crèche : la naissance de Jésus est à la fois l’accomplissement des signes et le commencement d’une nouvelle époque, celle du temps de l’Église, celle de l’annonce de l’Évangile. L’Enfant-Jésus est encore muet, mais la création parle pour lui. Le temps de l’annonce est bien arrivé, comme le décrit saint Grégoire le Grand :

« Quand notre Rédempteur avait atteint la plénitude de son âge, les apôtres l’annoncent aux Gentils, mais quand il était petit enfant et ne parlait pas encore grâce aux bons offices de son corps humain, c’est une étoile qui l’annonce aux nations. »[15]

Aujourd’hui, en nous unissant à la célébration eucharistique, nous écoutons cette annonce, la Bonne Nouvelle. Nous trouvons Jésus dans l’Église et nous le contemplons avec amour, caché dans les espèces eucharistiques comme il l’était à Bethléem. Nous lui offrons l’hommage de notre adoration. Bien plus : nous pouvons l’offrir lui-même au Père dans le sacrifice de la messe, comme l’exprime la liturgie :

« Regarde avec bonté, Seigneur, les dons de ton Église qui ne t’offre plus ni l’or, ni l’encens, ni la myrrhe, mais celui que ces présents révélaient, qui s’immole et se donne en nourriture : Jésus, le Christ, notre Seigneur. Lui qui règne avec toi dans l’unité du Saint Esprit pour les siècles des siècles.  »[16]

Toutes ces manifestations de Jésus transforment peu à peu notre âme. Nous avons reçu sa vie divine par le baptême, au sein de l’Église, et les ténèbres du péché ont été vaincues par la splendeur de sa grâce. Nos yeux se sont ouverts aux beautés de la création, comme autant d’étoiles qui désignent leur auteur. La lumière de sa parole nous accompagne et nous montre le chemin vers le Père. Ce chemin est un pèlerinage que nous effectuons en compagnie de tous les saints, issus de toutes les nations, au long de l’histoire de l’Église. Et lorsque nous adorons Jésus présent dans l’Eucharistie, nous levons notre regard vers le soleil qui resplendit depuis sa Résurrection : il nous attire vers cette contemplation sans fin qui sera notre joie parfaite au paradis. C’est le mystère de l’Épiphanie qui se déploie dans nos vies, comme l’exprime dom Columba Marmion, ce grand bénédictin promoteur du Mouvement liturgique :

« Heureuse l’âme qui vit de foi et d’amour ! Il se produira en elle une manifestation toujours nouvelle et toujours plus profonde du Christ Jésus ; le Christ la fera entrer dans une compréhension toujours plus intime de ses mystères. »[17]

C’est ainsi que le mystère de l’Épiphanie nous invite à voir, à travers les apparences de ce monde, dans notre histoire personnelle et notre situation actuelle, les signes de la présence de Dieu dans nos vies ; à percevoir ces innombrables étoiles que Dieu nous envoie pour nous signaler la présence cachée de son Fils ; à nous mettre en route vers l’adoration sans fin que nous pourrons lui offrir dans le ciel. Écoutons pour cela l’exhortation finale de ce grand pasteur que fut saint Léon :

« Mes bien-aimés, élevez donc vos esprits, aimés par la foi, vers la grâce étincelante de la lumière éternelle, vénérez des mystères qui ont acheté le salut du genre humain, dirigez vos actions selon ce qui a été accompli pour vous. […] Apprenez à goûter les réalités d’en haut, et non celles de la terre (Col 3, 2) ; progressez constamment dans la voie de la vérité et de la vie ; que les soucis terrestres ne vous arrêtent pas, puisque les biens célestes vous sont préparés par notre Seigneur Jésus Christ qui, avec le Père et l’Esprit Saint vit et règne dans les siècles des siècles. Amen. »[18]

 


[1] Hymne A solis ortu cardine, du poème de Sedulius (+450). Voir la strophe : « Ibant magi, qua venerant / stellam sequentes praeviam, / lumen requirunt lumine, /deum fatentur munere. » (Les mages allaient, suivant l’étoile qui les précédait à cet endroit, ils cherchent la Lumière par une lumière, ils proclament Dieu par leur offrande). Pour le texte complet, voir ici .

[2] André Vingt-Trois, Archevêque de Paris, Homélie du 7 janvier 2007, disponible ici.

[3] Saint Basile le Grand, Homélie sur Noël 2, PG 31, 1472. Voir tout le paragraphe : « Cette fête est commune à toute la création : elle accorde à notre monde les biens qui sont au-delà du monde, elle envoie des archanges à Zacharie et à Marie, elle constitue des chœurs d’anges qui proclament : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, paix sur la terre, bienveillance aux hommes (Lc 1, 14). Les étoiles accourent du haut du ciel, les mages quittent les nations païennes, la terre offre son accueil dans une grotte. Personne n’est indifférent, personne n’est ingrat. Nous-mêmes, fêtons le salut du monde, le jour de naissance de l’humanité. On ne peut plus dire maintenant : Tu es poussière, et tu retourneras à la poussière (Gn 3,19), mais : rattaché à l’homme céleste (cf. 1Co 15,48), tu seras élevé au ciel. On n’entendra plus dire : tu enfanteras dans la souffrance (Gn 3,16), car bienheureuse celle qui a enfanté l’Emmanuel, et les mamelles qui l’ont allaité. Un enfant nous est né, un fils nous a été donné, l’insigne du pouvoir est sur son épaule (Is 9,6). »

[4] Cardinal Ratzinger, La grâce de Noël, Parole et Silence 2011.

[5] Pape François, Homélie, 6 janvier 2014

Voir tout le passage : « L’Évangile nous dit que les mages, quand ils parvinrent à Jérusalem, perdirent un peu de vue l’étoile. Ils ne la voyaient plus. En particulier, sa lumière est absente dans le palais du roi Hérode : cette demeure est ténébreuse, l’obscurité, la méfiance, la peur, la jalousie y règnent. En effet, Hérode se montre soupçonneux et préoccupé par la naissance d’un Enfant fragile qu’il ressent comme un rival. En réalité Jésus n’est pas venu pour le renverser lui, pauvre fantoche, mais le Prince de ce monde ! Toutefois, le roi et ses conseillers sentent craquer les structures de leur pouvoir, ils craignent que soient retournées les règles du jeu, démasquées les apparences. Tout un monde édifié sur la domination, sur le succès et sur l’avoir, sur la corruption, est mis en crise par un Enfant ! »

[6] Saint Padre Pio de Pietrelcina, Prière après la communion, dans B. Peyrous – C. Loyer, Prières pour cheminer dans la vie spirituelle, Emmanuel 2008, p. 28. Disponible ici.

[7] Pascal, 4e lettre à Mademoiselle de Roannez, Pléiade p. 30. Il continuait ainsi sa réflexion : « Cet étrange secret, dans lequel Dieu s’est retiré, impénétrable à la vue des hommes, est une grande leçon pour nous porter à la solitude loin de la vue des hommes. Il est demeuré caché, sous le voile de la nature qui nous le couvre, jusques à l’Incarnation ; et quand il a fallu qu’il ait paru, il s’est encore plus caché en se couvrant de l’humanité. Il était bien plus reconnaissable quand il était invisible, que non pas quand il s’est rendu visible. Et enfin, quand il a voulu accomplir la promesse qu’il fit à ses apôtres de demeurer avec les hommes jusqu’à son dernier avènement, il a choisi d’y demeurer dans le plus étrange et le plus obscur secret de tous, qui sont les espèces de l’Eucharistie. C’est ce sacrement que saint Jean appelle dans l’Apocalypse une manne cachée ; et je crois qu’Isaïe le voyait en cet état lorsqu’il dit en esprit de prophétie : Véritablement tu es un Dieu caché. »

[9] Saint Léon le Grand, Premier sermon pour l’épiphanie du Seigneur (SC 22, p. 189). Voir tout le passage : « Le genre humain tout entier était intéressé à ce que l’enfance du Médiateur de Dieu et des hommes fût révélée à l’univers dès les temps où il était encore caché dans une bourgade ignorée. Sans doute avait-il choisi le peuple d’Israël et, dans ce peuple, une famille, pour y prendre la nature commune à toute l’humanité ; cependant il ne voulut pas borner aux étroites limites de la maison maternelle les prémices de son avènement ; il voulut aussitôt se faire connaître à tous, lui, qui daignait naître pour tous. Trois mages des pays de l’Orient voient apparaître une étoile d’une clarté nouvelle plus brillante, plus belle que les autres astres, elle attire aisément les regards et captive les cœurs de ceux qui l’observent ; ils comprennent d’emblée qu’une chose si extraordinaire n’est pas sans portée. Celui qui suscite ce signe en donne l’intelligence à ceux qui le voient ; ce qu’il leur fait comprendre, il les fait chercher, et il les fait chercher pour se laisser trouver. »

[10] Saint Hilaire, In Matthaeum, chapitre 1 nº 5, SC254, p. 99.

[11] Catéchisme, nº 144, disponible ici.

[12] Saint Jean-Paul II, Prière pour l’année mariale, dans B. Peyrous – C. Loyer, Prières pour cheminer dans la vie spirituelle, Emmanuel 2008, p. 61-62. Disponible ici.

[13] Benoît XVI, Homélie de la messe de l’Épiphanie, 6 janvier 2011.

Voir tout le passage : « Ces hommes cherchaient les traces de Dieu ; ils cherchaient à lire sa ‘signature’ dans la création ; ils savaient que ‘les cieux proclament la gloire de Dieu’ (Ps 19, 2); c’est-à-dire qu’ils étaient certains que Dieu peut être entrevu dans la création. Mais, en hommes sages, ils savaient également que ce n’est pas avec un télescope quelconque, mais avec l’acuité des yeux de la raison à la recherche du sens ultime de la réalité et avec le désir de Dieu animé par la foi, qu’il est possible de le rencontrer, ou mieux qu’il devient possible que Dieu s’approche de nous. […] Dans la beauté du monde, dans son mystère, dans sa grandeur et dans sa rationalité, nous ne pouvons que lire la rationalité extérieure, et nous ne pouvons manquer de nous laisser guider par celle-ci jusqu’à l’unique Dieu, créateur du ciel et de la terre. Si nous avons ce regard, nous verrons que Celui qui a créé le monde et celui qui est né dans une grotte à Bethléem et qui continue à habiter parmi nous dans l’Eucharistie, sont le même Dieu vivant, qui nous interpelle, qui nous aime, qui veut nous conduire à la vie éternelle. »

[14] Prière après la communion de la messe de l’Épiphanie.

[15] Grégoire le Grand, Homélies sur l’Évangile, IX 1 (SC 485, p. 245). Voir tout le passage : « Il nous faut chercher pourquoi, à la naissance du Rédempteur, c’est un ange qui apparut aux bergers de Judée, alors qu’une étoile et non un ange conduisit des mages de l’Orient jusqu’à lui, pour qu’ils l’adorent. Voici, semble-t-il, le motif : aux Juifs, qui usaient de leur raison, c’est un être raisonnable, un ange, qui devait faire l’annonce ; les Gentils par contre, qui ne savaient pas user de leur raison, sont amenés à connaître le Seigneur non par une voix, mais par des signes. Car aux Juifs les prophéties ont été données comme à des croyants, non comme à des incroyants, et aux Gentils les signes, comme à des incroyants, non comme à des croyants. Et remarquons-le : quand notre Rédempteur avait atteint la plénitude de son âge, les apôtres l’annoncent aux Gentils, mais quand il était petit enfant et ne parlait pas encore grâce aux bons offices de son corps humain, c’est une étoile qui l’annonce aux nations. La logique le demandait, assurément : au temps où le Seigneur parlait, des prédicateurs nous parlant le feraient connaître, mais au temps où il ne parlait pas encore, des éléments muets l’annoncent. »

[16] Prière sur les offrandes de la messe de l’Épiphanie.

[17] Dom Columba Marmion, le Christ dans ses mystères, Maredsous, p. 165. Voir tout le passage : « L’Épiphanie se continue aussi dans l’âme fidèle quand son amour devient plus fervent et plus stable. La fidélité aux inspirations de la grâce – c’est Notre Seigneur lui-même qui nous le dit – devient la source d’une illumination plus vive et plus éclatante : Qui diligit me… manifestabo ei meipsum [celui qui m’aime… je me manifesterai à lui, Jn 14,21]. Heureuse l’âme qui vit de foi et d’amour ! Il se produira en elle une manifestation toujours nouvelle et toujours plus profonde du Christ Jésus ; le Christ la fera entrer dans une compréhension toujours plus intime de ses mystères. L’Écriture Sainte compare la vie du juste à une ‘voie lumineuse qui va de clarté en clarté’ (Pr 4,18), jusqu’au jour où tous les voiles tombent, où toutes les ombres s’évanouissent, où apparaissent, dans la lumière de la gloire, les splendeurs éternelles de la divinité. Là, dit saint Jean, dans son livre si mystérieux de l’Apocalypse où il nous décrit les magnificences de la Jérusalem d’en haut, là il n’est pas besoin de lumière, parce que l’Agneau, c’est-à-dire le Christ, est lui-même la lumière qui éclaire et réjouit les âmes de tous les élus (Ap 21,23 ; 22,5). Ce sera l’Épiphanie céleste. »

[18] Saint Léon le Grand, Premier sermon pour l’Épiphanie du Seigneur (SC 22, pp. 193-195).


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  • Carl Heinrich Bloch Sermon on the mount