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À l’écoute de la Parole

Les actions merveilleuses du Seigneur en faveur de son Peuple, à la fois très concrètes et libératrices : voici le thème qui anime toutes les lectures du jour, depuis la jubilation d’Isaïe qui les annonce à Israël comme une aurore dénouant les angoisses de la nuit, jusqu’à l’invitation à la patience que saint Jacques adresse à la communauté chrétienne. Le Psaume 146 chante ces actions avec lyrisme, et elles sont au cœur du dialogue entre Jean-Baptiste et Jésus : le Messie manifeste clairement son identité en accomplissant plusieurs oracles de l’Ancienne Alliance.

Première lecture : L’arrivée du Dieu sauveur (Is 35, 1-6.10)

Le livre d’Isaïe décrit avec enthousiasme et poésie ce jour béni où « le Seigneur lui-même viendra et va vous sauver » (Is 35, 4). Il s’adresse à un public traumatisé et découragé par la répétition des épreuves ; à son époque, le Peuple d’Israël était bien maltraité par l’histoire : exil, oppressions étrangères, pauvreté, etc. Au lieu d’une histoire sainte et glorieuse, celle de ses pères, il avait l’impression de marcher dans « le désert et la terre de la soif » (v. 1) : lieu de l’épreuve, de l’errance loin de la patrie, de la mort des plus faibles ; lieu où toutes les richesses s’évanouissent pour pousser l’homme à bout. Expérience éprouvante de l’absence de Dieu, de son apparent abandon, lorsque la Terre promise ne produit plus ses fruits et que les hauts faits du passé semblent bien lointains, recompilés dans les rouleaux sacrés, mais désormais dérisoires face à la cruauté d’une réalité implacable.

Son oracle s’offre donc comme un message d’espérance délivré à tous les croyants de toutes les époques, lorsque l’épreuve fait sentir son joug pesant et que risque de s’éteindre « la mèche qui faiblit » (Is 42, 3), c’est-à-dire notre confiance si pauvre et vacillante dans le Seigneur. Le prophète Isaïe veut que nous levions les yeux et percevions l’aurore future qui va déchirer les ténèbres : confiance, le Seigneur va intervenir ! Il changera ce désert en lieu d’abondance, à l’image de ces lieux si fertiles qui enchantent l’imagination d’Israël – le mont Carmel, revêtu de verdure et dominant la mer, que le Cantique des cantiques utilise pour décrire la bien-aimée : « Ta tête se dresse, semblable au Carmel, et ses nattes sont comme la pourpre ; un roi est pris à tes boucles. » (Ct 7, 6) Le Sarone le complète, cette vallée près du Jourdain avec sa végétation luxuriante, qui servait au bien-aimé pour se mettre en valeur : « Je suis le narcisse de Sarone, le lis des vallées. » (Ct 2, 1) Enfin, la « gloire du Liban » évoque le pays opulent aux arbres géants, chanté par le psalmiste :

« Les arbres du Seigneur se rassasient, les cèdres du Liban qu’il a plantés ; c’est là que nichent les passereaux, sur leur cime la cigogne a son gîte ; aux chamois, les hautes montagnes, aux marmottes, l’abri des rochers. » (Ps 104, 16-18)

Ce décor extérieur d’une fête de la nature symbolise une intervention spirituelle, et nous passons de la « gloire du Liban » à la « gloire du Seigneur » qui réside dans la santé et la vigueur de son Peuple. Il viendra donc soutenir et relever ceux qui défaillent : les « genoux qui fléchissent » (v. 3) désignent un état d’abattement spirituel, où l’homme se laisse gagner par la mort, comme le terme agonie, inspiré du grec (ἀγωνία, « privé de genoux »), l’exprime si bien : dernière titubation du combattant blessé, qui tombe d’épuisement avant de mourir. Le Peuple en est arrivé là ; qu’il relève la tête, qu’il n’abandonne pas le combat : « Voici votre Dieu, il vient lui-même et va vous sauver. » (v. 4) Le poète utilise le vocabulaire classique de l’intervention de Dieu pour changer le sort de son Peuple contre ses ennemis : « la vengeance qui vient, la revanche de Dieu » (v. 4).

Méandres de l’histoire : peut-être les riches notables sont-ils devenus pauvres, véritable scandale dans l’Antiquité ? La justice sera rétablie… Peut-être des parents, des amis ont-ils été emportés en captivité ? Le Seigneur les fera revenir à Jérusalem, ce lieu où le salut sera offert à tous : « dans Sion avec des cris de fête » (v. 10). Pour convaincre son auditoire et insuffler l’espérance par la poésie, Isaïe évoque les souffrances les plus criantes : les aveugles, les sourds, les boiteux, les muets… Toutes ces infirmités seront guéries. Surtout, et comme toujours avec Dieu, le don va au-delà de ce que le cœur humain espérait : Israël attendait un Messie pour le délivrer des esclavages de cette terre. Au-delà de ce personnage, c’est Dieu lui-même qui vient pour le délivrer de tous ses maux et de son péché : « Il vient lui-même et va vous sauver. » (v. 4)

C’est pourquoi les infirmes seront guéris au-delà de toute attente : « Le boiteux bondira comme un cerf… » (v. 6) ; le Royaume de Dieu est celui de l’homme désormais sain, rétabli dans sa dignité et exultant de reconnaissance. La première lecture est donc une véritable « hymne à la joie future » qui déborde à chaque verset, toute tendue vers l’action du Seigneur et le rétablissement de l’humanité souffrante.

Psaume : Les actions du Seigneur (Ps 146)

Le Psaume 146(145) reprend les mêmes éléments poétiques, mais avec une perspective légèrement différente. Il s’agit désormais de la prière individuelle d’un croyant qui exulte pour une grâce reçue : « Je veux louer le Seigneur tant que je vis… » (v. 2) Ayant reçu un bienfait important, il se rend au Temple pour faire monter sa prière ; il attribue l’origine des dons reçus à Dieu lui-même, et non aux causes humaines de cette terre : « Ne mettez point votre foi dans les princes. » (v. 3) C’est une invitation à ne pas rester dans les causes secondes de notre histoire, que nous voulons toujours constater et maîtriser, pour remonter à la Cause première qui tient le cours du temps dans sa main : le Seigneur.

Dans son exultation, ce psalmiste nous offre une belle louange du Seigneur, dont il voit la puissance se déployer dans l’histoire, à travers dix actions pour exprimer la totalité ; la liturgie ne retient que les versets 7 à 10 qui correspondent à la description d’Isaïe, ces mêmes actions qui seront invoquées par Jésus dans l’évangile du jour. Ainsi, cette profession de foi traverse les âges et s’offre à la prière de toute personne ayant conscience de recevoir un bienfait et veut en rendre grâce à son Seigneur.

En priant ce Psaume, nous nous mettons aussi du côté de tous ceux qui souffrent et nous faisons monter au Seigneur leur prière pour qu’il prenne en pitié nos infirmités : il est le seul espoir des opprimés, des aveugles, des étrangers… Nous pouvons d’ailleurs comprendre ces pauvretés au sens littéral, puisque le Seigneur effectivement prend soin de notre corps, comme au sens figuré : combien d’aveugles autour de nous, fermés à la foi, combien de sourds à la Parole du Seigneur ; nous sommes tous étrangers sur cette terre, en marche vers la Patrie, et l’oppression du Mal est bien forte…

Toutes les misères humaines sont ainsi rassemblées autour du Seigneur pour le supplier de venir mettre fin au calvaire de nos frères en humanité. Le vrai Souverain se manifeste par son attention envers les plus faibles, et rien n’est impossible à Dieu : le Règne du Seigneur est son service des pauvres. Et le psalmiste répète, verset après verset, sa foi inébranlable en Dieu qui est le seul à véritablement pouvoir sauver.

Deuxième lecture : Patience ! (Jc 5, 7-10)

Face à ces invitations de l’Écriture, les croyants peuvent être bien déçus par le cours que suivent les affaires de ce monde. Jean-Baptiste, dans les ténèbres de sa prison, les représente tous puisqu’il s’interroge sur les desseins divins… La communauté chrétienne à laquelle saint Jacques s’adresse, devait tout autant être prise de perplexité en traversant les ténèbres de l’histoire : si Jésus est bien le Messie, pourquoi les maux persistent-ils sur terre ? Jacques commence le chapitre 5 de sa Lettre en dénonçant l’injustice sociale, tellement scandaleuse dans l’Empire romain ; après notre passage, il aborde la souffrance avec cette indication lapidaire : « Quelqu’un parmi vous souffre-t-il ? Qu’il prie. Quelqu’un est-il joyeux ? Qu’il entonne un cantique ! » (Jc 5, 13.)

La deuxième lecture de la messe est donc un appel pressant à la patience, exprimée par le verbe « μακροθυμέω, macrothuméô », littéralement « être grand d’esprit, ne pas perdre cœur », qui est répété quatre fois en ces quelques versets. La Sagesse juive y invitait souvent :

« Tout ce qui t’advient, accepte-le et, dans les vicissitudes de ta pauvre condition, montre-toi patient [μακροθύμησον], car l’or est éprouvé dans le feu, et les élus dans la fournaise de l’humiliation. » (Si 2, 4)

Cependant, les chrétiens ont des motifs supplémentaires de patienter, au-delà de la Sagesse : le Seigneur va venir, sa Parousie (παρουσία, parousia, v. 8), c’est-à-dire son Avènement dans la gloire, est très proche. Un autre apôtre, saint Pierre, abordait le même thème dans sa deuxième Épître :

« Le Seigneur n’est pas en retard dans l’accomplissement de sa promesse, comme certains se l’imaginent, il fait simplement preuve de patience à votre égard, car il ne veut pas qu’un seul périsse. Il voudrait, au contraire, que tous parviennent à se convertir. » (2 P 3, 9)

Il ne faut pas céder aux difficultés relationnelles dans la communauté : « Ne gémissez pas les uns contre les autres » (v. 9). Nous devons prendre exemple sur les Prophètes qui ont annoncé, comme Isaïe, la venue du libérateur contre toute espérance humaine. Cette invitation vient à point nommé pour notre époque, selon le pape Benoît XVI :

« Il me semble d’autant plus important, de nos jours, de souligner la valeur de la constance et de la patience, des vertus qui appartenaient au bagage normal de nos pères, mais qui sont aujourd’hui moins populaires, dans un monde qui exalte plutôt le changement et la capacité de s’adapter toujours à des situations nouvelles et différentes. Sans rien enlever à ces aspects, qui sont aussi des qualités de l’être humain, l’Avent nous appelle à affermir cette ténacité intérieure, cette résistance de l’âme qui nous permettent de ne pas désespérer dans l’attente d’un bien qui tarde à venir, mais de l’attendre, plus encore, de préparer sa venue avec une confiance active[1]. »

Évangile : Qui est Jésus, qui est Jean ? (Mt 11, 2-11)

Deux voix puissantes s’interpellent l’une l’autre dans l’évangile, deux personnages qui semblent juchés sur des montagnes, du haut de leur stature spirituelle incomparable, et qui se renvoient l’un à l’autre au-dessus des foules fascinées. D’un côté, Jean le Baptiste, le plus grand et le dernier des Prophètes, reconnu comme tel par tout le peuple, qui envoie ses disciples questionner Jésus : « Es-tu celui qui doit venir ? » (v. 3.) En lui s’exprime toute l’attente d’Israël, entretenue et nourrie par les Prophètes au cours des siècles. Il peine à reconnaître dans le profil adopté par Jésus pendant sa vie publique, trop humble à son goût, le Messie qu’il attendait. Où est le « baptême dans l’Esprit et le feu » (Mt 3, 11) qu’il nous avait prédit la semaine dernière ? Si le Royaume des Cieux « s’est fait tout proche » (Mt 4, 17), pourquoi son plus grand annonciateur est-il en train de croupir injustement dans une prison, dans des conditions de détention épouvantables, où il sent l’approche toujours plus angoissante d’une exécution sommaire ? Le Précurseur interpelle donc son cousin : « Qui es-tu, que fais-tu ? » La voix prophétique est véhiculée par ses disciples et résonne dans la foule massée autour de Jésus, alors qu’il vient de prononcer solennellement ses instructions aux Douze pour la mission (cf. Mt 10).

Son interlocuteur est encore plus élevé spirituellement que lui : le Christ répond clairement aux envoyés désignant les œuvres messianiques annoncées par Isaïe, puis il interroge les foules au sujet de Jean avant de renvoyer au mystère du Royaume : « Le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus grand que lui. » (v. 11) Le Christ révèle la grandeur du Royaume qu’il apporte et clarifie le rôle de Jean dans l’histoire du salut. La relation entre ces deux sommets n’est donc pas symétrique : après le Prophète au service de la Parole vient le Verbe lui-même qui instaure le Royaume de Dieu ; les multiples grandeurs de l’Ancien Testament cèdent la place à Celui qui accomplit pleinement toute la révélation du Père.

Jésus veut réconforter Jean dans sa foi alors qu’il se trouve au seuil du martyre, en citant le passage d’Isaïe de la première lecture (cf. Is 35), qu’il accomplit littéralement par ses miracles : les chapitres précédents de l’évangile nous ont montré avec abondance que désormais, autour de lui, « les aveugles retrouvent la vue et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle » (Mt 11, 5, cf. Is 35, 5-6). Ses œuvres de miséricorde manifestent qu’il est bien le Christ, il est le visage du Dieu d’Israël penché sur les pauvres pour les secourir.

Peut-être sa réponse est-elle aussi une délicate invitation à son cousin : il ne doit pas être « sourd » à l’annonce de l’Évangile, même si son contenu le déroute, ni « aveugle » à l’action miséricordieuse de Dieu, toujours discrète et opposée à nos attentes spontanées. Qu’il s’ouvre à la nouveauté de l’Évangile ! Beaucoup seront choqués par cette nouveauté et la rejetteront, c’est pourquoi Jésus ajoute : « Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! » (Mt 11, 6.) Le moment d’enthousiasme des foules, fascinées par les miracles, se convertira bientôt en abandon lors de la Passion. Saint Grégoire le Grand interprète finement cette réponse : de même que le Précurseur a annoncé la venue de Jésus dans la chair, au bord du Jourdain (scène de la semaine dernière), de même il préfigure, par sa souffrance et sa persécution en prison, la Passion du Christ, désormais très proche :

« Cela revient à dire ouvertement : je fais, il est vrai, des choses admirables [dit Jésus], mais je ne répugne pas à en endurer d’abjectes. Puisque je vais te suivre dans la mort, que les hommes prennent bien garde de ne pas mépriser en moi la mort, eux qui révèrent mes miracles[2]. »

La situation délicate de Jean n’est donc pas une anomalie dans le Royaume des Cieux ; au contraire, il emprunte malgré lui la voie de l’angoisse et des ténèbres que le Christ choisira volontairement quelque temps après. Le Précurseur reste celui qui ouvre le chemin, depuis le début jusqu’à la fin, et c’est ce qui fait sa grandeur ; le Seigneur ne le précédera que dans la Résurrection, nouveauté absolue que Jean ne pouvait recevoir avant son cousin.

Puis Jésus profite de la venue des envoyés de Jean-Baptiste pour interpeller les foules à son sujet. Nous savons par des témoignages extrabibliques, par exemple l’historien juif Flavius Josèphe, que Jean a marqué son époque bien au-delà du cercle des disciples de Jésus ; le Christ utilise donc la figure si frappante de l’ermite du désert comme une excellente invitation à reconnaître l’action de Dieu qui est en train de se déployer. Pourquoi le Peuple s’est-il senti tellement touché par sa voix que « Jérusalem, toute la Judée et la région du Jourdain s’en allaient vers lui » (Mt 3, 5) ?

Pour aider le cheminement interne de son auditoire, Jésus propose plusieurs hypothèses rhétoriques qui mettent en valeur l’originalité de Jean. Il aurait pu n’être qu’un divertissement à la mode (« un roseau agité par le vent »), mais cela concorde mal avec son baptême de pénitence et la force de sa voix. Ou bien, puisque d’ordinaire les foules sont attirées par l’éclat de la richesse et l’éblouissement de la puissance, ils auraient pu chercher en lui « un homme habillé de façon raffinée » ? Mais « Jean avait son vêtement fait de poils de chameau et un pagne de peau autour de ses reins » (Mt 3, 4).

Jésus proclame alors ce que tous avaient perçu sans le confesser explicitement : Jean est un Prophète, il est habité par l’Esprit comme l’avait été Isaïe avant lui ; par sa voix retentit la Parole du Seigneur. Mais le Christ va encore plus loin ; tout en rendant hommage à Jean-Baptiste, il introduit au mystère du Royaume.

Il commence par se référer aux Écritures (« C’est de lui qu’il est écrit »), en construisant une citation qui combine Exode 23, 20 et Malachie 3, 1 (« Voici que j’envoie mon messager en avant de toi… »). En hébreu comme en grec, le même mot désigne « messager » et « ange », d’où une variété des traductions et une pluralité d’attentes des Juifs de l’époque sur ce point. La figure d’Élie qui devait revenir, toujours selon la finale de Malachie (cf. Ml 4, 5), se trouve également en arrière-plan. Jésus prononce solennellement l’accomplissement de toute cette attente : Jean-Baptiste, par sa prédication, a marqué le point d’orgue de toutes les prophéties (« bien plus qu’un prophète »). Il a été comme le seuil d’entrée à une nouvelle ère, celle du Messie, à partir duquel commence une grande nouveauté.

D’où la double comparaison de Jésus, qui pourrait nous dérouter si nous l’entendions selon notre logique occidentale, mais qui s’éclaire dans une mentalité sémitique : « Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant, le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus grand que lui. » (v. 11) D’une part, ce texte ne veut pas canoniser Jean au-dessus de tous les autres personnages de l’Ancienne Alliance : un même auteur biblique peut affirmer, à propos de deux personnages différents, qu’il ne s’en trouve pas de plus grand (par exemple, 2 R 18, 5 et 2 R 23, 25). D’autre part, il ne veut pas non plus rabaisser Jean par rapport aux saints de la Nouvelle Alliance, comme si tous les chrétiens allaient être supérieurs à lui dans la sainteté !

Le sens est très clairement de mettre en valeur la nouveauté par rapport à l’héritage reçu, dans une élégante construction oratoire. Avec Jésus vient la grâce de devenir enfants de Dieu (cf. Jn 1, 12) comme dépassement des grâces offertes dans l’Ancienne Alliance. À travers « ceux qui sont nés d’une femme », le Christ compare donc l’ancienne économie du Salut à la nouvelle, incarnée par les « plus petits dans le Royaume des Cieux », et il affirme la supériorité du Royaume sur la prophétie. Cela ne diminue pas la valeur de l’ancien, mais le situe dans une perspective plus ample de préparation vers la plénitude. Il est temps que le Baptiste s’efface devant le Fils de Dieu.

L’ère eschatologique annoncée par les prophètes s’inaugure avec Jésus, c’est pourquoi il y a rupture, passage à une nouvelle économie, celle du Christ, et les foules doivent s’en réjouir. C’est la grandeur de Jean-Baptiste d’avoir été l’homme de ce passage et il nous montre le chemin pour suivre Jésus, comme l’exprime la liturgie :

« Tu as voulu, Seigneur, que saint Jean-Baptiste soit le précurseur de ton Fils dans sa naissance et dans sa mort ; il a donné sa vie pour la justice et la vérité : accorde-nous de savoir, comme lui, nous dépenser avec courage au service de ta Parole. Par Jésus-Christ[3]… »

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[1] Pape Benoît XVI, Angélus, 12 décembre 2010.

[2] Saint Grégoire le Grand, Homélies sur l’Évangile, homélie VI, coll. « Sources chrétiennes », n° 485, Cerf, 2005, p. 183.

[3] Prière collecte de la messe du Martyre de Jean-Baptiste (29 août).


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  • Carl Heinrich Bloch Sermon on the mount