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L’appel à la conversion

« Conversion » : intuitivement, ce terme nous dérange ; il semble exiger de nous des ruptures fortes, un « retournement » radical pour prendre une nouvelle direction. Nous sentons intuitivement qu’il y aurait tant de choses à réformer dans notre vie que deux dangers nous menacent : soit baisser la tête par résignation et pactiser avec nos médiocrités, voire nos vices ; soit la relever fièrement pour prendre des décisions d’autant plus inutiles qu’elles sont volontaristes… Le reproche de Jean-Baptiste aux Pharisiens est précisément qu’ils ne veulent pas changer de conduite, alors que sa voix prophétique rejoint manifestement la voix intérieure de leurs consciences. Par où commencer pour résoudre ce dilemme dans nos vies ? Vaste question, qui reste toujours comme une plaie ouverte dans notre cœur. Un philosophe moderne, Paul Ricœur, nous offre une réflexion profonde qui pourrait nous donner un bon point de départ :

« Avant la décision : la conversion. Et tous ceux qui ont lu quelques textes religieux autres que bibliques, et même quelques textes autres que religieux, savent quelle force est investie en ce terme “conversion”, qui signifie bien plus que faire un choix nouveau, qui implique un changement dans la direction du regard, un L’appel à la conversion retournement de la vision, de l’imagination, du cœur avant toute forme de bonnes intentions et toute forme de bonnes décisions et de bonnes actions. L’agir apparaît comme l’acte conclusif engendré par l’événement et par la conversion. En premier, la rencontre de l’événement, puis le retournement du cœur, puis l’agir en fonction[1]. »

Écouter Jean-Baptiste pendant l’Avent

L’étymologie du terme qu’emploie Matthieu dans l’évangile (μετάνοια, métanoia) vient confirmer cette idée : il s’agit avant tout de « changer d’opinion », de changer la manière d’envisager les choses : μετα-νοέω = savoir après, comme un nouveau savoir résultant d’un regard neuf. Voici une description de son usage biblique :

« Dans le NT, [les termes] métanoéô-métanoia(56 fois) gardent cette signification fondamentale de “changer d’opinion, regretter, s’affliger de quelque chose”, mais d’une part ils s’appliquent presque exclusivement à l’attitude des incroyants et des pécheurs faisant retour à Dieu, d’autre part et surtout ils sont chargés d’une densité théologique nouvelle et font partie essentielle du lexique du kérygme, exhortant à la “conversion” au christianisme. […] Le changement est celui de l’âme, de l’homme tout entier (créature nouvelle), qui se purifie de ses souillures et transforme, métamorphose sa vie[2]. »

L’Avent, avec le Carême, est par excellence le temps de la conversion. L’homme pécheur est peu à peu rejoint par Jésus ; se rendant compte de son errance passée, il se « convertit » à une vie nouvelle dans le Christ. D’où une première difficulté : ce discours est-il audible au xxie siècle ? Nos contemporains peuvent-ils en percevoir l’urgence, la beauté et la nécessité ? Saint Jean-Paul II soulignait le problème :

« En somme, on ne saurait se passer d’une catéchèse sur la pénitence, la plus complète et la plus adéquate possible, en un temps comme le nôtre où les attitudes dominantes dans la psychologie et dans les comportements sociaux sont en opposition avec la triple valeur déjà exposée : l’homme d’aujourd’hui semble avoir plus de peine que jamais à reconnaître ses propres erreurs et à décider de revenir sur ses pas pour reprendre le chemin après avoir rectifié sa marche ; il semble très réticent à dire : “Je me repens” ou “Je regrette” ; il semble refuser instinctivement, et souvent de manière irrésistible, tout ce qui est pénitence au sens du sacrifice accepté et pratiqué pour se corriger du péché[3]. »

Mais évitons l’écueil hypocrite d’appliquer la nécessité de la conversion aux autres, à « ceux qui sont en dehors du salut » : si nous les jugeons comme tels, n’est-ce pas parce que nous ignorons les voies du Seigneur ? L’apostrophe vigoureuse de Jean-Baptiste s’adresse aujourd’hui surtout à nous, qui sommes déjà croyants et disciples de Jésus. Chaque année, chaque jour, il est nécessaire d’entendre son message pour ne pas nous croire « déjà convertis ». Le Catéchisme nous le rappelle, en posant le fondement de cette pédagogie de l’Avent :

« L’appel du Christ à la conversion continue à retentir dans la vie des chrétiens. Cette seconde conversion est une tâche ininterrompue pour toute l’Église qui enferme des pécheurs dans son propre sein et qui est donc à la fois sainte et appelée à se purifier, et qui poursuit constamment son effort de pénitence et de renouvellement[4]. »

En ce temps de l’Avent, laissons donc résonner les paroles du Précurseur en notre cœur pour y provoquer la conversion, afin de penser, vivre et agir différemment. Il s’agit de recentrer sans cesse notre vie qui tend à suivre la pente de l’égoïsme ; il s’agit de se remettre toujours dans la nouvelle perspective libératrice qu’est le Christ, en préparant l’Événement qui se profile : Jésus vient de nouveau à Noël. Quelle communauté, quels croyants va-t-il trouver à sa naissance ? Comment puis-je préparer mon cœur à le recevoir comme il le mérite ? Ma vie est-elle centrée sur la rencontre avec celui qui m’a aimé plus que tout et qui reviendra ? Ce chemin vers Noël est donc l’occasion d’une conversion toujours plus profonde,que nous ne pouvons réaliser qu’avec l’aide de la grâce ; c’est l’Enfant Jésus qui l’accomplira pleinement dans nos familles, dans nos vies, dans nos sociétés. Exprimons-lui au moins notre désir de conversion, et c’est lui qui l’accomplira. La messe met sur nos lèvres une belle prière en ce sens :

« Seigneur tout-puissant et miséricordieux, ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver notre marche à la rencontre de ton Fils ; mais éveille en nous cette intelligence du cœur qui nous prépare à l’accueillir et nous fait entrer dans sa propre vie. Lui qui règne avec toi et le Saint-Esprit, maintenant et pour les siècles des siècles. Amen[5]. »

La conversion de l’espérance

Nous avons écouté l’oracle d’Isaïe qui magnifie la paix messianique ; nous avons chanté le psaume d’investiture de ce Roi idéal qui délivrera le pauvre qui appelle ; et nous savons que Jésus est ce Prince de la Paix tant attendu. Mais sa venue a-t-elle vraiment changé le cours de ce monde ? Pouvons-nous dire, en suivant Isaïe : « Il ne se fait plus rien de mauvais ni de corrompu su sa montagne sainte » ? Le mont Sion est devenu l’Église : d’une part, combien de scandales ne viennent-ils pas contredire notre assurance que Jésus a vraiment comblé les aspirations de son Peuple ! D’autre part, les injustices autour de nous mettent en question l’assurance bon marché que nous promet notre civilisation. Chaque jour, le spectacle de la misère, proche ou lointaine, vient déranger nos espoirs trop naïfs. Naissent en nous les mêmes sentiments que Jeanne d’Arc, comme l’a décrite Péguy. Plongée dans les malheurs de la guerre, elle vient de donner du pain à deux enfants affamés, et le vertige la prend soudain :

« Les voilà repartis sur la route affameuse. Dans la poussière, dans la boue, dans la faim. Dans l’avenir, dans la détresse, dans l’anxiété de l’avenir. Qui leur donnera, mon Dieu, qui leur donnera le pain de chaque jour ? Mais au contraire ils marcheront dans la détresse et dans la faim de chaque jour. […] Qu’importent nos efforts d’un jour ? Qu’importent nos charités ? Je ne peux pourtant pas donner toujours. Je ne peux pas donner tout. Je ne peux pas donner à tout le monde. Je ne peux pourtant pas faire manger aux passants tout le pain de mon père. Et même alors, est-ce que ça paraîtrait ? Dans la masse des affamés. Pour un blessé que nous soignons par hasard, pour un enfant à qui nous donnons à manger, la guerre infatigable en fait par centaines, elle, et tous les jours, des blessés, des malades et des abandonnés. Tous nos efforts sont vains ; nos charités sont vaines. La guerre est la plus forte à faire la souffrance. Ah ! Maudite soit-elle[6] ! »

Ce cri peut et doit devenir le nôtre, pour ne pas nier la réalité en faveur d’une fausse spiritualité. Nous devons ressentir le scandale du mal sous tant de formes, puis le porter dans la prière et en parler avec le Seigneur. Qu’a-t-il fait de ses promesses ? Nous pouvons alors constater que partout où sont posés des gestes de charité et de foi, le monde change et ces avancées concourent à faire advenir le règne de Dieu qui paraîtra dans tout son éclat à la fin des temps. Grâce à la prière, les scandales ne sont pas niés, mais notre regard change – voilà la conversion – pour percevoir les germes de bien où le Seigneur est à l’œuvre. Nous leur emboîtons le pas pour faire de cette conversion du regard un engagement dans l’action. Pour cela, le pape François nous invite à découvrir les merveilles des « saints de la porte d’à côté » :

« J’aime voir la sainteté dans le patient peuple de Dieu : chez ces parents qui éduquent avec tant d’amour leurs enfants, chez ces hommes et ces femmes qui travaillent pour apporter le pain à la maison, chez les malades, chez les religieuses âgées qui continuent de sourire. Dans cette constance à aller de l’avant chaque jour, je vois la sainteté de l’Église militante. C’est cela, souvent, la sainteté “de la porte d’à côté”, de ceux qui vivent proches de nous et sont un reflet de la présence de Dieu, ou, pour employer une autre expression, “la classe moyenne de la sainteté”[7]. »

Revenons au problème des scandales et tentons une autre proposition de solution, complémentaire. Si nous nous sentons submergés par la présence du mal dans le monde, l’exhortation de saint Paul vient rejoindre précisément notre détresse :

« Frères, tout ce que les livres saints ont dit avant nous est écrit pour nous instruire, afin que nous possédions l’espérance grâce à la persévérance et au courage que donne l’Écriture. » (Rm 15, 4)

L’oracle d’Isaïe n’est pas proclamé aujourd’hui pour nous donner l’assurance tranquille que « finalement, avec Jésus, tout va bien aller… ». Il vient plutôt semer en nous l’espérance véritable et lui donner un fondement inébranlable : la personne du Messie. Notre conversion est ainsi celle de l’espérance : laisser derrière nous une mentalité mondaine, qui se targue d’être « réaliste », mais qui envisage le monde à partir des seules réalités naturelles et apparentes, une mentalité qui tend au désespoir ; adopter la vision surnaturelle de Jésus sur l’histoire et le monde. Le pape Benoît XVI nous y invitait :

« L’espérance véritable et sûre est fondée sur la foi en Dieu Amour, Père miséricordieux qui “a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique”(Jn 3, 16), afin que les hommes, et avec eux toutes les créatures, puissent avoir la vie en abondance. L’Avent est donc un temps favorable à la redécouverte d’une espérance qui n’est ni vague ni illusoire, mais certaine et fiable, car elle est “ancrée” dans le Christ, Dieu fait homme, roc de notre salut[8]. »

Supplions donc le Christ de nous donner la vraie espérance, celle qui ne peut pas décevoir parce qu’il l’a scellée de son sang. Elle a pour objet le Royaume des Cieux et la Vie éternelle, c’est-à-dire l’union avec Dieu, bien au-delà de nos petites aspirations humaines. Contemplons-la dans la description du Catéchisme, comme un enfant admire un jouet qu’il va recevoir en cadeau :

« La vertu d’espérance répond à l’aspiration au bonheur placée par Dieu dans le cœur de tout homme ; elle assume les espoirs qui inspirent les activités des hommes ; elle les purifie pour les ordonner au Royaume des Cieux ; elle protège du découragement ; elle soutient en tout délaissement ; elle dilate le cœur dans l’attente de la béatitude éternelle. L’élan de l’espérance préserve de l’égoïsme et conduit au bonheur de la charité[9]. »

Nous pouvons alors adopter cette belle prière à Marie, Notre-Dame de l’espérance:

« Ô Marie, Reine des anges et Notre Dame, à vos pieds nous sommes venus. Nos corps sont affligés par les maladies, nos âmes blessées par le péché, nos cœurs brisés par l’épreuve… Vierge très puissante, étoile des nuits sombres, du doute et du désespoir, clarté si douce aux cœurs perdus, phare éternel au sein des ombres de cette vie. À vos pieds, nous recourons à vous : Mère de l’Espérance, notre seule Espérance. Nos requêtes sont multiples, infinies comme l’océan, ne les rejetez pas. Ô vierge Marie, aurore des joies attendues, bonne et douce Mère à tous. (Exprimer sa requête…) Espérance des désespérés. Notre-Dame de l’Espérance, ne nous laissez pas soupirer de désespoir, mais qu’il nous soit donné, Mère de douceur, de bonté et de miséricorde, à nos cœurs de recouvrer la Paix, à nos âmes la pureté, à nos corps la santé. Exaucez nos humbles supplications, ô Mère de Jésus et notre Mère, soutenez-nous dans notre combat terrestre et, au soir de notre vie, donnez-nous la joie de votre présence éternelle. Amen[10]. »

Jugement et espérance

Un thème revient dans les Lectures, qui semble s’opposer à notre discours précédent sur l’espérance : la condamnation des « méchants ». Jean-Baptiste l’évoque clairement, par deux fois : « Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu » ; « quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas » (Mt 3). Même la vision idyllique d’Isaïe semble reposer sur cette exclusion : « Du bâton de sa parole, il frappera le pays ; du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant. » (Is 11, 4) Ces deux prophètes, lorsqu’ils décrivent la venue du Messie, attendent donc de lui un jugement de condamnation. Lorsque la connaissance de Dieu remplira le monde, il n’y aura pas de place pour le mal ni pour celui qui fait le mal, quel qu’il soit… C’est bien ainsi que le pape Grégoire le Grand expliquait l’expression évangélique de la « cognée à la racine des arbres » :

« L’arbre de ce monde, c’est l’ensemble du genre humain. La cognée, c’est notre Rédempteur. Manche et fer en quelque sorte, il se laisse tenir par son humanité, par sa divinité il coupe. Cette cognée est déjà placée à la racine de l’arbre, car si elle attend par la patience, on voit cependant ce qu’elle va faire. “Tout arbre en effet qui ne fait pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu”, car quiconque s’est perverti trouve toute prête la flamme dévorante de la géhenne, parce qu’il a dédaigné de porter ici-bas le fruit de l’œuvre de bienfaisance[11]. »

Un tel discours pourrait paraître dangereux, voire pervers : ne convertissons-nous pas le Seigneur en un Maître tout-puissant qui vient se venger contre ses ennemis ? Pouvons-nous aimer un tel Dieu qui nous menace de l’enfer ? Un prêtre initié à la psychanalyse, Maurice Bellet, a relevé ces ambigüités du discours chrétien, mais il écrit ainsi sur les « paroles de condamnation » de Jésus, qui sont nombreuses dans l’Évangile :

« Percevoir le Christ comme thérapeute, c’est aller selon ce principe : tout ce qui vient de lui a pour sens le soin ; il veut la vie. Et cela vaut même des paroles de condamnation : parce qu’elles signifient essentiellement qu’il refuse toute complicité, qu’il veut travailler à fond l’illusion et aller au bout des résistances. Sinon, sa bonté même serait corrompue. Ainsi offre-t-il, à qui refuse, le miroir éclairant de la parole dure ; donnant, du même coup, issue. Car déclarer l’impasse, c’est aussi bien faire que reste ouvert le chemin ; ainsi faisaient ses prédécesseurs, les prophètes d’Israël. La condamnation ne condamne pas : puisqu’elle est encore parole, c’est-à-dire relation ; et à qui lui ouvre l’oreille, elle signifie qu’il est déjà hors du lieu de mort que, dans sa dureté nécessaire, le thérapeute fait enfin venir au jour. Car c’était là : il n’invente pas nos enfers, il y descend, pour qu’en sortir soit réellement possible[12]. »

Donc, malgré les apparences, l’espérance n’est pas opposée à la perspective terrible qu’ouvrent les paroles de Jean-Baptiste. Bien au contraire, le pape Benoît XVI, qui a dédié toute une encyclique à cette vertu, nous a enseigné à voir le Jugement comme un lieu d’espérance. La raison profonde en est que Dieu y réparera tous les torts commis dans l’histoire :

« La “révocation” de la souffrance passée, la réparation qui rétablit le droit existent. C’est pourquoi la foi dans le Jugement final est avant tout et surtout espérance – l’espérance dont la nécessité a justement été rendue évidente dans les bouleversements des derniers siècles[13]. »

Le Christ va de plus surprendre les attentes légitimes d’Isaïe et de Jean-Baptiste : il viendra certes à la fin des temps, « dans la gloire pour juger les vivants et les morts » (Credo) ; mais sa première venue dans la chair inaugure une ère de miséricorde, dans laquelle nous nous situons. Il nous supplie de changer nos cœurs afin « qu’il ait pour nous un visage de paix quand il viendra juger le monde[14] ». Avant le Jugement, le Pardon : c’est ce bouleversement qui va se déployer tout au long de l’année liturgique, et l’Église dispose sagement l’appel à la conversion au début du cycle pour que nous le parcourions avec fruit.

Enfin, Dieu se réserve, comme le souligne Benoît XVI, la possibilité de purifier de leurs actes mauvais ceux qui auront gardé « une ultime ouverture intérieure pour la vérité, pour l’amour, pour Dieu[15] ». L’insistance de Jean-Baptiste, dans l’évangile du jour, sur le « feu purificateur », nous permet d’évoquer rapidement le purgatoire, dont l’existence est une vérité de foi. Il n’est pas une invention médiévale pour nous épouvanter, mais un lieu de grâce décrit ainsi par le pape Benoît :

« La rencontre avec le Christ est l’acte décisif du Jugement […]. Dans la souffrance de cette rencontre, où l’impur et le malsain de notre être nous apparaissent évidents, se trouve le salut. Le regard du Christ, le battement de son cœur, nous guérissent grâce à une transformation assurément douloureuse, comme par le feu. Cependant, c’est une heureuse souffrance, dans laquelle le saint pouvoir de son amour nous pénètre comme une flamme, nous permettant à la fin d’être totalement nous-mêmes et, par là, totalement de Dieu[16]. »

Cette évocation du purgatoire nous fait naturellement penser à sainte Catherine de Gênes, elle qui bénéficia de révélations mystiques et écrivit un traité sur le purgatoire, où elle nous montre la joie des âmes en processus de purification. Voici sa prière que nous pouvons reprendre :

« Ô Amour, le cœur qui te goûte atteint déjà en ce monde le commencement de la vie éternelle. […] Ô Amour fort et suave, heureux celui que tu possèdes ! Tu le fortifies, tu le défends, tu le gardes de toute opposition de 1’âme et du corps. Tu mènes doucement toute chose à sa fin et jamais tu n’abandonnes l’homme, tu lui es fidèle, tu lui donnes lumière contre les tromperies du démon, contre la malice du monde et contre lui-même. Ô Amour, ta douceur brise les cœurs plus durs que le diamant et les liquéfie comme la cire au feu. Ô Amour, tu chasses du cœur tout chagrin, toute dureté, toute propriété et toute délectation terrestre. Ô Amour, ton nom est si suave qu’il rend suave toute chose. Douce est la bouche qui te nomme. Ô Amour, qu’elle est douce ta suavité, et suave la douceur que tu apportes avec toi ! Tu en fais part à chacun et à mesure que tu te répands en plus de créatures, à mesure aussi s’accomplit ta volonté. Plus l’homme ressent et connaît ton ardeur suave, plus il en est embrasé, étourdi, affolé. Ô Amour, bienheureux le cœur que tu possèdes et que tu emprisonnes ! Ô Amour, tout ce qui se fait par toi se fait sans peine, avec joie, avec élan. Ô Amour, tes liens sont si suaves et si forts qu’ils lient ensemble les anges et les saints, ils tiennent ferme et serré et jamais ne se rompent. […] Ô mon Amour, doux Jésus, qui t’a fait venir du ciel en terre ? L’amour. Qui t’a fait subir jusqu’à la mort tant et de si horribles tourments ? L’amour. Qui t’a fait donner toi-même en nourriture à l’âme ta bien-aimée ? L’amour. Qui t’a mû au point que tu nous as envoyé et continuellement tu nous envoies, pour être notre force et notre guide, ton Saint-Esprit ? L’amour. Amen[17]. »


=> Lire la méditation

[1] P. Ricœur, L’herméneutique biblique, Cerf, 2011, p. 259.

[2] C. Spicq op, Lexique théologique du Nouveau Testament, Cerf, 1991, p. 997.

[3] Pape Jean-Paul II, Exhortation Reconciliatio et Paenitentia, « Réconciliation et Pénitence », 1984, nº 26.

[4] Catéchisme de l’Église catholique, nº 1428.

[5] Collecte de la messe du jour.

[6] C. Péguy, Le mystère de la charité de Jeanne d’Arc, in Œuvres poétiques et dramatiques, coll. « La Pléiade », Gallimard, 2014, p. 20.

[7] Pape François, Exhortation apostolique Gaudete et Exsultate, « Sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel », 2018, n° 7.

[8] Pape Benoît XVI, Homélie des Vêpres du 1er décembre 2007. Il écrivait aussi dans son encyclique sur l’espérance : « L’homme a besoin de l’amour inconditionnel. […] Si cet amour absolu existe, avec une certitude absolue, alors – et seulement alors – l’homme est “racheté”, quel que soit ce qui lui arrive dans un cas particulier. […] La vraie, la grande espérance de l’homme, qui résiste malgré toutes les désillusions, ce ne peut être que Dieu, le Dieu qui nous a aimés et qui nous aime toujours jusqu’au bout, jusqu’à ce que tout soit accompli. » (Spe Salvi, nº 26).

[9] Catéchisme de l’Église catholique, nº 1818.

[10] Prière à Notre-Dame de l’Espérance, de l’abbaye de Tarasteix.

[11] Saint Grégoire le Grand, Homélies sur l’Évangile, livre XX, 10, coll. « Sources Chrétiennes », n° 485, Cerf, 2005, p. 461.

[12] M. Bellet, Le Dieu pervers, DDB, 2018, p. 133.

[13] Pape Benoît XVI, Encyclique Spe Salvi, nº 43. Le titre du chapitre pourrait paraître provocateur : « Le Jugement comme lieu d’apprentissage et d’exercice de l’espérance ».

[14] Prière de bénédiction pour le jour de l’Ascension.

[15] Pape Benoît XVI, Encyclique Spe Salvi, nº 46.

[16] Idem, nº 47.

[17] Sainte Catherine de Gênes († 1510), Prière « Ô mon Amour, doux Jésus ».


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